À propos des espèces exotiques envahissantes forestières (EEEF)

Les espèces exotiques (insectes, micro-organismes, plantes) sont celles qui se retrouvent en dehors de leur aire de distribution naturelle. Il peut s’agir de ravageurs, maladie ou insectes, ou de mauvaises herbes. D’autres espèces exotiques agissent en compétiteurs des espèces indigènes plutôt qu’en ravageurs. Elles ne causent alors pas de dommages aux arbres et aux plantes, mais elles modifient la biodiversité naturelle des écosystèmes locaux en prenant la place des espèces indigènes. Ces espèces sont qualifiées d’envahissantes lorsqu’elles ont le pouvoir de modifier les écosystèmes indigènes à titre de ravageurs ou de compétiteurs. L’introduction de ravageurs exotiques dans un nouveau milieu, situé parfois très loin de leur milieu d’origine, est le plus souvent accidentelle. Certaines plantes introduites pour des raisons horticoles ou ornementales, en s’échappant de culture, deviennent des mauvaises herbes envahissantes et menacent des écosystèmes naturels.

Afin de prévenir les dégâts causés par ces ravageurs exotiques, le Gouvernement du Canada a mis sur pied une Stratégie nationale sur les espèces exotiques envahissantes basée sur la prévention, la détection précoce, l’intervention rapide et l’éradication, le confinement et le contrôle des EEEF qui réussiraient malgré tout à s’introduire au pays. L’Agence canadienne d’inspection des aliments, le Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada et Environnement Canada ont proposé un Plan d’action sur les plantes terrestres et les phytoravageurs étrangers envahissants (Phase 1, Phase 2) qui décrit la mise en application de la stratégie nationale dans les secteurs forestier et agricole.

Nombreux sont les insectes et les maladies exotiques qui frappent à nos portes. Dans les faits, cependant, très peu réussissent à s’établir au Canada. Celui-ci leur pose des barrières naturelles généralement efficaces, notamment son climat, l’étendue de son territoire et sa topographie. De plus, les espèces exotiques envahissantes ont des exigences particulières et ne peuvent s’établir durablement qu’à certaines conditions, dont l’absence de prédateurs, la présence d’un hôte compatible et des températures favorables à leur reproduction. Enfin, parmi les espèces qui parviennent à s’installer chez nous, quelques-unes seulement peuvent être qualifiées d’espèces exotiques envahissantes ou de ravageurs en raison des importants dégâts qu’elles causent et des menaces qu’elles font peser sur l’intégrité de nos écosystèmes forestiers. Un exemple très connu est certainement celui de la maladie hollandaise de l’orme qui a complètement bouleversé les paysages de la plaine du Saint-Laurent et de plusieurs grandes villes du pays. Uniquement au Québec, 600 000 ormes ont été détruits ou abattus entre 1945 et 1965 en raison de cette maladie.

Un phénomène en croissance

Le risque d’introduction d’espèces exotiques (insectes et maladies) augmentera au Canada au cours des prochaines années, ceci pour diverses raisons :

  • De plus en plus d’espèces parviennent à nos frontières, notamment à cause de l’augmentation et de la libéralisation des échanges commerciaux.
  • Les forêts d’aujourd’hui sont davantage vulnérables parce qu’elles ont été sensiblement modifiées par l’activité humaine.
  • Par définition, les ravageurs exotiques font plus de dommages que les espèces indigènes, car ils n’ont pas d’ennemis naturels au Canada.
  • Enfin, des considérations environnementales limiteront le recours à certaines mesures de contrôle et d’éradication.

Les voix d’entrée

Comment les insectes et maladies exotiques pénètrent-ils au Canada? Comme tout voyageur provenant de l’étranger s: par air, par mer et par terre. En fait, ils peuvent se retrouver dans toute matière végétale vivante ou non traitée (plantes, graines, tubercules, matériel de pépinière), de même que dans les billes de bois achetées à l’extérieur du pays. On soupçonne l’importation massive de billes de pins de la Nouvelle-Angleterre d’être à l’origine de l’introduction du grand hylésine des pins au Québec. On les retrouve aussi dans les pièces de bois qui servent à l’emballage ou à l’arrimage des cargaisons (bois de palettes, caissons, bois d’arrimage, etc.), et même dans les immenses bobines de bois qui servent à enrouler les câbles et qui nous viennent de Chine, lorsque ces différents objets sont faits de bois vert. Bref, les voix d’entrée de ces visiteurs indésirables sont souvent celles du commerce international. À cet égard, les États-Unis, eux-mêmes le premier importateur du monde, sont notre principal partenaire commercial. C’est pourquoi beaucoup, sinon la majorité des ravageurs exotiques qui sont parvenus au Canada ont d’abord pris pied chez notre voisin du sud. D’autre part, le Canada tisse de plus en plus de liens commerciaux avec d’autres partenaires comme le Japon, la Chine, l’Amérique du Sud et l’Europe, et les ravageurs exotiques qui parviennent au pays changent, pour ainsi dire, d’origine et d’identité. Ces introductions sont généralement accidentelles. D’autres introductions peuvent être intentionnelles, même si leur dispersion dans la nature peut être accidentelle. La spongieuse européenne, par exemple, a été importée de France par un entomologiste amateur qui souhaitait produire de la soie. En 1869, quelques individus se sont échappés et se sont rapidement disséminés. Cet insecte est aujourd’hui l'un des ravageurs les plus importants des forêts feuillues canadiennes.

Impacts

Les insectes et maladies exotiques envahissants qui s’attaquent aux écosystèmes et aux forêts canadiennes — y compris souvent aux forêts urbaines — ont des impacts connus sur au moins trois plans : écologique, économique et social.

Sur le plan écologique, les ravageurs peuvent causer d’importants dommages aux arbres et aux plantes indigènes, lesquels n’ont pas de défenses naturelles contre ces envahisseurs. Ils peuvent ralentir leur croissance ou les tuer sur de vastes étendues. Ils modifient ainsi la dynamique interne des écosystèmes et ils peuvent rompre l’équilibre qui les caractérise car les dommages qu’ils provoquent s’ajoutent aux diverses perturbations naturelles ou d’origine humaine. Ils s’attaquent aux plantations et à certaines essences précieuses comme le pin, l’orme, le chêne et le noyer cendré. Les espèces exotiques envahissantes peuvent devenir des compétiteurs ou des prédateurs pour des espèces indigènes et leur action peut se traduire par des pertes d’habitat pour certaines espèces fauniques, par une réduction de la biodiversité et même, dans des cas extrêmes, par la disparition d’espèces particulières. C’est ainsi que la brûlure du châtaigner, une maladie introduite au Canada au début du XXe siècle, a fait en sorte que cette essence ait été placée sur la liste canadienne des espèces en péril. La salicaire pourpre a déjà modifié plusieurs milieux humides au Canada.

D’un point de vue économique, les impacts des ravageurs exotiques sont considérables. Il y a bien sûr les pertes qui sont attribuables au ralentissement de la croissance, à la mortalité des arbres ou des plantes et à une diminution de la qualité des bois et des récoltes. Il y a aussi celles qui proviennent de la réduction des activités liées aux ressources végétales : pertes d’emplois et de revenus au sein de divers secteurs d’activités comme l’industrie forestière, le secteur de la récréation et le tourisme. Les restrictions et les diminutions des activités commerciales et des revenus qui en découlent (vente des produits, taxes, etc.) sont d’autres impacts provoqués par les ravageurs exotiques.

De plus, toute une série de dépenses doit être encourue pour la réglementation, pour le traitement éventuel des produits destinés à l’exportation, pour le suivi scientifique des introductions, la détection et le contrôle des épidémies, le reboisement et les mesures sanitaires et, bien sûr, pour la prévention. Il est difficile de comptabiliser toutes les dépenses reliées aux ravageurs exotiques et elles varient d’une année à l’autre. Mais uniquement en ce qui concerne les pertes en bois, on sait qu’environ 400 000 ha de forêt sont détruits chaque année au Canada par l’ensemble des ravageurs forestiers, soit un peu moins de la moitié des 930 00 ha récoltés annuellement par l’industrie forestière.

Quant aux impacts sociaux, ils sont encore plus difficiles à évaluer, mais on peut souligner les éléments suivants qui sont ou peuvent être touchés à des degrés divers :

  • La stabilité et le bien-être des communautés rurales, notamment celles liées à la forêt.
  • Les activités traditionelles autochtones.
  • Les valeurs esthétiques et spirituelles que les gens associent aux forêts et aux écosystèmes naturels.
  • L’attrait exercé par les emplois dans les secteurs de la forêt ou de la faune.
  • La santé liée au travail en forêt et les risques d’accidents accrus dans les écosystèmes perturbés.
  • La perception qu’a la population de la foresterie et des activités forestières.
  • La crédibilité des gouvernements en matière de gestion des forêts et des écosystèmes.

Une liste de nos bêtes noires...

Les scientifiques du SCF estiment que le Canada a connu, depuis 1882, plus de 80 introductions d’insectes ou de maladies exotiques, dont plusieurs se sont avérées extrêmement dommageables pour les forêts canadiennes.

Voici une liste des principaux ravageurs exotiques avec leurs hôtes préférés ainsi que les dates estimées de leur arrivée au Canada :