Rouille vésiculeuse du pin blanc

Contrôle d'espèces de type Maladie
  • Latin : Cronartium ribicola J.C. Fisch.
  • Français : Rouille vésiculeuse du pin blanc
  • Anglais : White pine blister rust
  • Sous-division : Basidiomycota
  • Ordre/classe : Pucciniales
Contrôle

Prévention

La surveillance des plantations de pin blanc doit d'être méticuleusement exécutée au printemps idéalement vers la mi-mai dans le centre du Québec pour faciliter la localisation des fructifications de rouilles dès la sixième ou septième année d'âge d'une plantation. L'aménagement des plantations est un moyen nécessaire de prévention de la maladie. L'installation d'une plantation de pins devrait se faire dans une région reconnue comme étant peu propice à la rouille (Lavallée 1986; Davis and Meyer 2004). Les facteurs limitants sont la topographie du terrain, les conditions météorologiques (notamment la température moyenne du mois de juillet qui est liée aux conditions de pénétration) de cet endroit et le niveau de Cronartium déjà présent dans ces zones (Lavallée 1986). De plus, il faut favoriser une haute densité de tiges pour réduire le mouvement des spores (Hunt 1998). Les arbres d'autres essences à proximité ne devraient pas être abattus ou élagués car ils agissent comme barrière physique à la propagation des spores (Hunt 2002).

Contrôle

1. Mécanique et sylvicole

Suite à la localisation des arbres infectés, un plan d'intervention doit être établi, en vue de limiter les dégâts si la rouille est déjà présente dans la plantation.
L'éradication des gadelliers ou Ribes, hôtes alternes de la rouille vésiculeuse du pin blanc, a été longtemps préconisée dans les environs des peuplements de pins blancs (Maloy 1997). Bien que mise en doute (Sinclair 2005), cette méthode demeure encore aujourd'hui partie prenante d'un programme de lutte sylvicole (Laflamme et al. 1998). Lors de l'établissement d'une nouvelle plantation, en plus des Ribes présents dans le site de plantation, tous les Ribes avoisinants devrait être éradiqués et on devrait voir à empêcher leur réinstallation. Les Ribes peuvent être éradiqués à la main ou à moindre coût avec des herbicides (Bergeson and Lorenz 1957). Dans l'état du Maine, l'éradication continue des Ribes depuis le début du 20ième siècle a permis de réduire la prévalence de la maladie de plus de la moitié par rapport aux stations où aucun contrôle des gadelliers n'était effectué (Ostrofsky et coll. 1988).
Aucune intervention ne sera nécessaire si le nombre de tige affecté est très bas. Si l'infestation de la rouille aux troncs est trop importante, aucune méthode ne pourra sauver la plantation.
Cronartium va habituellement causer un chancre sur une branche après s'être introduit par les aiguilles. Ce chancre tendra à se propager jusqu'au tronc. C'est au moment où le tronc est atteint que la maladie causera la mort de l'arbre. L'élagage des branches atteintes est donc primordial. À cet effet, on recommande de couper de 20 à 25 cm sous la partie affectée. Cependant, la recherche des branches altérées est une tâche ardue. L'élagage systématique et préventif des branches basses (la moitié ou le tiers inférieur) demeure une avenue essentielle (Hunt 1991; Laflamme et coll. 1998; Davis and Meyer 2004). Aussi, toutes les branches infectées dans la cime laissée intacte de l'arbre devraient être coupées. Pour être efficace, l'élagage doit avoir lieu lorsque la plantation est jeune, de préférence entre la 8e et 12e année (Laflamme et al. 1998; Hunt 1998). La présence de gadelliers réduit l'efficacité de l'élagage (Laflamme et coll. 1998). Les arbres présentant des chancres au tronc devraient être abattus. Les branches et les arbres coupés peuvent être laissés sur place, car Cronartium est un champignon qui nécessite du matériel vivant pour croître. La partie chancrée peut être excisée (Thibault 1993) pour les arbres d'ornement avec une marge de 10 à 13 cm d'écorce saine enlevée à partir du moment où la zone d'infection est bien délimités, soit au moment de la production des écies.

2. Chimique

L'application d'antifongiques pour traiter la rouille vésiculeuse n'a jamais très bien réussi à contrôler la rouille en plus d'avoir des coûts importants (Maloy 1997). Les traitements appliqués aux semis de pins blancs semblent plus prometteurs. En effet, en traitant les semis avec un fongicide systémique (triadimefon), l'incidence de la rouille est plus bas (Bérubé 1996). En plus de permettre de produire des plants dans des zones à risque, ce traitement chimique permet de produire des plants sains à la livraison. Reste à découvrir combien de temps dure cette protection.

Attention
Il existe une variété de produits chimiques pour lutter contre les maladies fongiques, cependant, ceux-ci peuvent être toxiques pour certaines plantes hôtes, des animaux, les êtres humains ou l'environnement en général. Plusieurs peuvent être mortels pour les humains. Pour éviter les dangers pour la santé humaine et l'environnement, le Canada a adopté la Loi sur les produits antiparasitaires (LPA) dont l'application a été confiée à l'Agence de Réglementation de la Loi Antiparasitaire (ARLA; http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/branch-dirgen/pmra-arla/index-fra.php). La catégorie d'utilisation (domestique, commerciale, agricole), les risques pour la santé et l'environnement, les conditions et les restrictions à l'utilisation de chaque pesticide sont décrits sur l'étiquette accompagnant le produit. Il est obligatoire de se conformer aux directives et conditions énoncées sur l'étiquette d'un pesticide. Les provinces peuvent aussi réglementer l'utilisation et les utilisateurs de pesticides sur leur territoire. Pour plus d'information, consulter la base de données de l'ARLA à l'adresse suivante : http://pr-rp.pmra-arla.gc.ca/portal/page?_pageid=53,33557&_dad=portal&_schema=PORTAL

3. Biologique

Il a longtemps été cru que Tuberculina maxima Rostr. était un agent de lutte biologique possible car ce champignon est souvent retrouvé autour des chancres causés par la rouille (Maloy 1997). Cependant, les recherches et les essais de contrôle ont amenés des résultats opposés et encore à ce jour, son rôle éventuel demeure nébuleux. Le champignon Microsphaeropsis arundinis (Ahmad) Sutton, s'est montré efficace pour contrôler le stade urédies ce qui interrompt les stades télies et basides et brise le cycle de la maladie (Bérubé 2002).

4. Génétique

La création de semis résistants ou tolérant à la maladie (Hunt and Jensen 2001) est une importante perspective pour combattre la rouille vésiculeuse à long terme. Il serait long et exhaustif d'énumérer ici les méthodes utilisées pour obtenir des arbres résistants, mais il est important de se souvenir que les arbres résistants créés avec des croisements judicieux doivent présenter plusieurs mécanismes de résistance à la maladie. Le but est d'obtenir la résistance la plus durable et la moins facilement outrepassée par le champignon (Kinloch 2003). Parallèlement, l'éradication des Ribes est difficile et certaines espèces du genre demeurent tout de même intéressantes pour leurs fruits. Donc, des travaux ont aussi été effectués en vu de créer des plants de Ribes qui serait résistant à la rouille par des croisements avec des plants exotiques (Hummer 1997). Le but est de développer et d'améliorer les plants résistants présentement commercialisés pour éviter que des gouvernements ne les bannissent complètement (Hummer 1997).

5. Les étapes d'un programme de lutte intégrée

  1. Éradication des Ribes environnants (dans et autour de la plantation).
  2. Élagage de la moitié inférieure de la cime vivante et de toutes les autres branches atteintes de la maladie lorsque les pins ont atteints la taille de deux mètres cinquante.
  3. Abattage des arbres présentant un chancre sur la tige principale.
  4. Laisser les branches et les arbres coupés sur place pour faire des barrières physiques.
  5. Second élagage de la moitié inférieure des branches lorsque les arbres atteignent la taille de cinq mètres.
  6. Assurer un suivi du peuplement au fil des ans, pour éliminer les Ribes et surveiller l'évolution des pins.

Références

Références

  1. Bergeson, E.D., and Lorenz, R.W. 1957. Seasonal effectiveness of 2,4,5-T basal sprays for eradicating Ribes in White Pine blister rust control in Illinois. Journal of Forestry 55(1): 17-9.
  2. Bérubé, J.A. 1996. Use of triadimefon to control white pine blister rust. Forestry Chronicle 72(6): 637-638.
  3. Bérubé, J.A. 2002. Cronartium ribicola J.C.Fischer, White pine blister rust (Cronartiaceae). In Biological Control Programmes in Canada, 1981-2000; Wallingford: CABI Publishing, 2001, Edited by P.G. Mason and J.T. Huber. p.446
  4. Davis, C. and Meyer, T. 2004. Field Guide to Tree Diseases of Ontario. Natural Resources Canada, Canadian Forest Service, Great Lakes Forestry centre, Sault Ste. Marie, NODA/NFP Technical report TR-46 (Rev. ed.), 138 pp.
  5. Hummer, K.-E. 1997. Diamonds in the rust: Ribes resistance to white pine blister rust. Fruit Varieties Journal 51(2): 112-117
  6. Hunt, R.S. 1991. Operational control of white pine blister rust by removal of lower branches. Forestry chronicle 67(3): 284-287.
  7. Hunt, R.S. 1998. Pruning western white pine in British Columbia to reduce white pine blister rust losses: 10-year results. Western journal of applied forestry 13(2): 60-63.
  8. Hunt, R.S. 2002. Can solid deer protectors prevent blister rust from attacking white pines? Canadian Journal of Plant Pathology 24(1): 74-76.
  9. Hunt, R.S., and Jensen, G.D. 2001. Frequency of resistant western white pine seedlings from parents of different phenotypes. Western journal of applied forestry 16(4): 149-152.
  10. Kinloch, B.B. 2003. White Pine Blister Rust in North America: Past and Prognosis. Phytopathology 93(8): 1044-1047.
  11. Laflamme, G., Blais, R., and Desgagné, D. 1998. Control of Cronartium ribicola in Pinus strobus plantations. Proceedings of the first IUFRO Rusts of Forest Trees Working Party, 2-7 August 1998, Saariselkä, Finland. Finnish Forest Research Institute Research Paper 712: Pages 299-303.
  12. Lavallée, A. 1986. Zones of vulnerability of white pine to blister rust in Quebec Québec.; Zones de vulnérabilité du pin blanc à la rouille vésiculeuse au Québec. Forestry Chronicle 62: 24-28.
  13. Maloy, O.C. 1997. White pine blister rust control in North America: a case history. Annual Review of Phytopathology 35(35): 87-109.
  14. Ostrofsky, W.D., Rump, T. Strubble, D. and Bradbury, R. 1988. Incidence of White Pine Blister Rust in Maine after 70 years of Ribes Eradication Program. Plant Disease 72: 967-970.
  15. Sinclair, W.A. and Lyon, H.H. 2005. Diseases of trees and shrubs – Second edition. Comstock Publishing Associates, Cornell University Press, Ithaca, New York, 660 pp.
  16. Thibault, M. 1993. Guide du soin des arbres pour horticulteurs et arboriculteurs amateurs. Éditions du Trécarré, Québec, pp. 107-113 et 137-144.
Auteurs

Auteurs

Josée Grondin et Pierre DesRochers

Réviseurs

Réviseurs

Jacques Tremblay

Photos
  • Cronartium ribicola J.C. Fisch.

    Urédiospores de Cronartium ribicola

  • Cronartium ribicola J.C. Fisch.

    Urédies de Cronartium ribicola sur le dessous d’une feuille de Ribes

  • Cronartium ribicola J.C. Fisch.

    Fructifications; Rouille vésiculeuse

  • Cronartium ribicola J.C. Fisch.

    Fructifications sur l'écorce; Rouille vésiculeuse

  • Cronartium ribicola J.C. Fisch.

    Fructifications sur l'écorce

  • Cronartium ribicola J.C. Fisch.

    Feuille de Ribes présentant de la rouille vésiculeuse

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